DES ANGOISSES CONTEMPORAINES

SÉMINAIRE DU PÔLE BORDEAUX RÉGION

Ouvert à tous - PAF : 5€

Les lecteurs d’Asterix le savent: les gaulois craignaient que le ciel leur tombe sur la tête.

A chaque époque ses angoisses? Qu’en est-il aujourd’hui?

 

Après les utopies des années 60 et 70 du 20ème siècle, nous sommes entrés dans l’ère des dystopies du 21ème siècle. Les différents médias ne cessent de nous annoncer des possibles catastrophes; l’alerte est devenue permanente, la menace s’est généralisée. Les promesses d’harmonie grâce au progrès ne sont pas au rendez-vous, l’espoir que la science nous protège des avènements de réel s’estompe.

Outre la dérégulation du climat avec ses conséquences sur l’espèce, d’autres angoisses sont apparues avec la montée des fanatismes, de la haine, des dérives du scientisme, du capitalisme, avec le risque des accidents techniques majeurs.

Ces constats, s’ils sont à interroger dans leur contemporanéité, faisaient questions en 1974. Un journaliste du magazine Panorama les adressait alors à Lacan, qui répondait: « Je ne suis pas pessimiste. Il n’arrivera rien. Pour la simple raison que l’homme est un bon à rien, même pas capable de se détruire lui-même. » Il ajoutait néanmoins: « le réel prendra l’avantage, comme toujours. Et nous serons, comme toujours, foutus. »

 

N’alimentons pas les angoisses, les lamentions ou la nostalgie mais interrogeons-nous. Les questions sont nombreuses: Que disent les angoisses contemporaines? De quoi sont-elles le symptôme? Qu’est-ce qui est menacé? Comment les parlêtres contemporains se débrouillent avec l’angoisse? En quoi la psychanalyse a son mot à dire? En quoi fait-elle différence?

 

Notre séminaire/laboratoire, qui se déroulera sur la période 2019-2020, pourra les déplier selon différents thèmes qui vont s’entrecroiser et s’interférer, une large part pouvant être faîte à la clinique.

Jeudi 10 octobre à 21h


Luanda Bellusci :

La vie psychique est une réalité dialectique en étroite connexion de sens avec l’organisation économique d’une société et les transformations culturelles.

A l’époque contemporaine, quelles réflexions possibles du lien entre les troubles mentaux (le suicide est la deuxième cause mondiale de mortalité parmi les jeunes) ; les changements produits par la quatrième révolution industrielle (où le principal facteur de production est immatériel : la connaissance et la technologie) et l'économie financière qui domine notre organisation politique (mais qui n’a pas de relation avec la production économique réelle) ?


Claudine Beaussier : Angoisses contemporaines : impact sur le désir d’enfants

Je partirai du constat du refus de maternité de certaines femmes au regard du monde actuel et des théories de l’effondrement, malgré des situations affectives et sociales qui le permettraient.

Il s’agira d ‘étudier les ressorts de ce  ce refus.


Philippe Madet : L’angoisse de l’original.
Notre façon de penser, de faire avec la vie est, je crois, ainsi faîte que nous voulons chercher l’origine, ou le centre, en un point, en un lieu, en un temps, de ce qui nous pose question, de ce que nous ne comprenons pas. Pour tout dire: du réel.
Cette recherche d’un originel ne vient-elle pas recouvrir l’angoisse de l’original ?



Jeudi 12 décembre à 21h


Karine Benaben : Le Paria

Pour Lacan, « le dit schizophrène se spécifie d’être pris [dans le langage] sans le secours d’aucun discours établi ». En tant que « parlêtre » il est néanmoins assujetti aux lois du signifiant et contraint de tenter de localiser sa jouissance dans le langage. Cette impasse implique une plus grande vulnérabilité des sujets psychotiques exposés à des « figures » de jouissance contemporaines crevant l’écran, et relayant, entre autres, des discours fondés sur le rejet de la différence de l’autre : « Ce n’est rien d’autre que le Kakon de son propre être, que l’aliéné cherche à atteindre dans l’objet qu’il frappe. ». Le « juif » continue à incarner dans les discours contemporains une occurrence de « l’ennemi intérieur ».

Lacan J. « L’Étourdit », Autres Écrits, Paris, Seuil, 2001, p.474.

Lacan J. « Propos sur la causalité psychique », dans Ecrits, p.175


Isabelle Geneste :


Marie-Nang Litnhouvongs : De l’usage d’une image : «C’est quoi ton facebook ? »

A partir d’un cas clinique, je voudrais interroger la fonction que revêt la création d’une identité virtuelle comme outil de création de lien social là où le discours contemporain le décrit en déclin. Là où la solitude, l’impossibilité à parler et le sentiment d’inutilité viennent dire pour un sujet sa douleur d’exister, il s’agira de distinguer la fonction du virtuel de celle de l’Imaginaire comme condition d’existence

Jeudi 06 février à 21h


Albert Nguyên : Le sexe et le vivant.
Contrairement à ce que le titre semble indiquer, c’est à la mort et non pas au vivant que se
rapporte le sexe. Pour autant les sujets ne doutent pas d’être vivants. Donc que veut dire
« être vivant », ce qui n’est pas équivalent à « être en vie ». Il s’agira de mettre à la question
des évidences qui n’en sont pas, source de bien des égarements pour les sujets
contemporains.


Florence Signon : De quoi nous parle la PMA ?
Jacques Testard est un biologiste français qui a permis la naissance du premier bébé éprouvette en 1982. Pourtant quelques années plus tard il prend fermement position contre ce qu'il est estime être des dérives qui seraient induites par la procréation médicalement assistée. Pourquoi un tel retournement ?
De plus en plus de couples ont recours aujourd’hui à la PMA sans cause médicale d’infertilité décelée. On est passé en moins de 20 ans du maximum de sexualité avec le minimum de procréation à l’inverse, le minimum de sexualité avec le maximum de procréation !
Comment expliquer ce recours à la science de plus en plus banalisé pour faire des bébés ? La PMA devient-elle le nouveau moyen pour se reproduire en éliminant ainsi la question sexuelle ? Que peut en dire la psychanalyse ?

J. Lacan dans son séminaire sur l’Ethique avait annoncé en 1960 : « Du fait de l’ignorance où ce corps est tenu par le sujet de la science, on va venir en droit, ce corps, à le détailler pour l’échange ». Nous y sommes.


Françoise Risch : Angoisse et solitude dans l'expérience analytique

Jeudi 02 avril à 21h


Brice Gérard : Angoisse et discours universitaire
Le monde universitaire est aujourd’hui le lieu d’injonctions diverses et parfois contradictoires qui ne sont pas dissociables de la question de l’angoisse. Les séminaires X (L’angoisse) et XVII (l’envers de la psychanalyse) fourniront un cadre pour aborder ce thème.

Géraldine Narzabal : La place du manque

Que faisons nous du manque dans notre société sur connectée, toujours en mouvement où nous sommes appareillés en continu? A force de tenter de ne manquer de rien, ou de n'être en rien manquant, n'empêchons nous pas l'écart, l'absence ou le vide structurant pour tout sujet? Car c'est justement quand le manque vient à manquer que surgit l'angoisse. 

Je m'intéresserais particulièrement à l'effet produit sur les enfants dans leur rapport au langage et au symbolique.


David Sans :

Au regard des interventions qui ont  précédé, il a pu être évoqué que l’angoisse selon Lacan est un affect d’exception qui en révèle au sujet aussi bien davantage sur son rapport de maniement à son manque. Mais que devient l’angoisse pour les sujets captés par le discours capitaliste ? Il apparaît que ce dernier exhorte à la complétude du manque par l’appropriation de multiples objets de jouissance. Quels effets et conséquences peut-on entrevoir quand le discours en question pose comme injonction de forclore le manque à jouir ? C’est ce que nous tenterons d’aborder dans ce travail.

Jeudi 04 juin à 21h


Bruno Geneste :


Corine Ozeray :


Julie Cassagne : A propos du corps vivant
L’expérience de la psychanalyse permet de toucher aux « amarres de l’être », c’est à dire à ce qui, dans lalangue, a ancré la jouissance dans le corps, et a donné naissance à un parlêtre. Cette opération permet, pour un sujet, nous dit Lacan, de changer « le cours de sa vie », car cela enraye la répétition. Aussi, le désir et la vie sont remis à leur place. Alors, nous pouvons nous questionner sur la façon dont notre société contemporaine traite la question du corps désirant, de la vie, de la différence. Nous évoquerons notamment un écrit de S. Agacinski :

« L’homme désincarné, du corps charnel au corps fabriqué ».