Un rien d'humain

SÉMINAIRE DU PÔLE ATLANTIQUE

Les effets de la Covid-19 ont engendré nombre de questions, voire de remises en question: Que faire? Comment être en relation? Que faut-il changer? Pourquoi en sommes-nous arrivés là? Quid du vivant quand la mort rôde? Quel avenir pour l’humanité? Et d’autres encore.
La question de l’humain, déjà très présente dans notre précédent séminaire Des angoisses contemporaines, a en particulier pris une ampleur accrue.

Mais... veut-on être humain?
La réponse semble a priori évidente: oui.

Méfions-nous des évidences: Cela ne reste-t-il pas à prouver? Nait-on humain ou le devient-on? Quelle idée en a-t-on? Y a-t-il un effet psychanalyse sur l’humain et lequel?

Il semblerait bien que les être dit humains, depuis toujours, dépensent beaucoup d’énergie, que ce soit celle de la terre ou la leur propre, pour s’extraire de ce qui fait la condition humaine. Deux moyens se combinent pour cela: l’invention d’outils (c’est la solution extérieure), le confinement dans le fantasme et le symptôme (c’est la solution interne).

Le parlêtre, confronté à la question de l’être humain, vit dans trois dits-mansions: réel, symbolique et imaginaire. Symbolique et imaginaire sont largement employés pour ne pas se cogner au réel et à la responsabilité qu’il implique. Quand la question de l’éthique se pose, la morale apparaît; quand la castration semble inévitable, l’être humain cherche à s’augmenter; quand le tremblement de l’incertain se montre, la certitude est valorisée; quand le langage rate, la communication prend le relais; quand l’insu semble mener la barque, la connaissance fait abri.

Autrement dit, tout ce que la psychanalyse a mis à jour et qui révèle l’humain est contesté.
Le parlêtre, encombré de l’inconscient, ne veut rien savoir. « L’inconscient (...) c’est que l’être en parlant, jouisse, et, j’ajoute, ne veuille rien en savoir de plus1. »
La psychanalyse elle-même peut être un moyen, dans les débuts d’une cure, pour éviter l’humanité, pour tenter d’inscrire le rapport sexuel, sauf que l’analysant apprendra que le réel ne peut être supprimé. La cure ne sera pas un parcours de santé, il faudra en passer par l’horreur de savoir, il faudra la perte pour que s’ouvre des possibles.

Face aux multiples questions sur ce qui fait notre humanité et ce que nous en faisons, des approches, des expériences peuvent se nourrir, d’où notre invitation à exposer et débattre dans ce séminaire.
Celui-ci ne répondra bien sûr pas à toute la question, mais tout au moins pouvons-nous la vivre, pour que la vie ne soit pas sans ailes, pour que la solitude ne soit pas isolement, pour que s’ouvre les voies d’une poéthique vivante.
Le mouvement de chacun dans ce travail pourra nous soutenir tous.

1 J.Lacan, Le séminaire, Livre XX, Encore, Paris, Seuil, Coll.Points, p. 95.